
« L’extra-ordinaire vie amoureuse de la femme à barbe » raconte la vie imaginaire et romanesque d’Inès, fille de Puisaye. J’ai choisi de vous livrer quelques anecdotes de mes séjours dans cette région (et qui ne figurent pas dans mon roman).
Aujourd’hui, c’est un bout de chocolat.
J’espère que vous aimez le chocolat ! Tout le monde aime le chocolat, mais personne autant que mon grand-père Paul.
Je passais de longues journées à aider mon grand-père quand il bricolait. Je dis « bricoler » mais en réalité c’était les travaux d’Hercule : une grande bâtisse cubique, avec des murs d’un mètre d’épaisseur, et à l’intérieur, rien, ni murs, ni plafond. Et à l’extérieur, une friche.
Quel formidable terrain de jeu ! Mon grand-père m’avait attribué une pièce, ma future chambre, avec une totale liberté dont j’ai bien profité : parquet, carrelage, peinture, papier-peint… Un vrai patchwork !
Alors, vous allez me dire : et le chocolat dans tout ça ? Ah, gourmands que vous êtes !
Il faut que je vous dise que mon grand-père Paul était un très gros mangeur, plus goinfre que gourmet. Mais bon, c’était une habitude prise très tôt, il avait commencé à travailler à 13 ans sur les docks, puis sur les marchés, ce sont des métiers où il faut bien se nourrir.
Bref, parmi les gravats, j’avais trouvé un petit bout de brique, avec un quadrillage rectangulaire, et surtout d’un très beau marron foncé…, vous voyez, comme le coin cassé d’une tablette de chocolat. A s’y méprendre ! D’ailleurs…
A l’heure du quatre-heures, j’avais droit à une viennoiserie ou des chouquettes, dans lesquelles mon grand-père tapait immanquablement, et allègrement. J’avais posé la petite brique juste à côté des brioches, histoire de voir si mon grand-père se laisserait prendre par ce trompe-l’œil. Ça n’a pas manqué, croc, piégé Paul, ou plutôt crac ! L’œil est trompé, mais pas les dents !
Si je me permets de raconter cette histoire, rassurez-vous, c’est que mon grand-père n’a pas perdu de dents dans cette affaire.
Je sais, ce n’était pas très malin, je ne suis bien fait reprendre pour cette blague de mauvais goût, je ne suis pas fier, encore aujourd’hui, même si je ne parviens pas à regretter l’idée.
Longtemps j’ai gardé cette brique dans mes affaires, comme une sorte de trophée, puis je l’ai perdue, et mon grand-père aussi.
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