
« L’extra-ordinaire vie amoureuse de la femme à barbe » a fait remontrer en moi certains souvenirs, quelques anecdotes de mes séjours en Puisaye.
Voici une histoire de lapin. Bon, je vous avertis, les yeux dans les yeux, le lapin finit dans une assiette ! Gare aux âmes sensibles !
Mes grands-parents Paul et Toinette avait acheté une grange à restaurer, dans un minuscule village, formé d’une vingtaine de maisons réparties le long d’une route en pente. La grange de mon grand-père se trouvait tout en bas de la côte, et en haut, se trouvait la ferme du village, où j’allais chercher le lait chaque jour, dans un pot en alu.
Vous voyez le genre de lait ? Qui fait une peau épaisse quand on le chauffe, et des yeux gras dans le café au lait !
La troisième maison en montant la route était une bâtisse imposante, avec un vaste terrain planté d’arbres fruitiers. Le propriétaire de ce domaine était un homme mystérieux, moitié magnétiseur, moitié rebouteux, et également sourcier, avec sa fameuse baguette de coudrier en Y.
On l’appelait « Le Sourcier », mais moi, je disais « Le Sorcier », à voix basse, par méfiance, des fois que ce soit vraiment un sorcier.
L’homme avait des yeux bleus très clairs, presque translucides. Parfois, tôt le matin, il prenait sa canne, il descendait dans les champs à la recherche de lapins de garenne, ce qui n’était pas difficile, vaste population, et fort taux de reproduction. Il se mettait accroupi, puis il attendait, immobile, et inévitablement, un lapin méfiant s’interrogeait sur ce personnage statique, à distance. Mais pas assez méfiant le lapin, trop curieux et pas assez à distance ! Au premier regard croisé, paf ! L’animal était hypnotisé, en un instant, pétrifié. Alors l’homme se relevait, s’aidant de sa canne, sans quitter le lapin des yeux, puis il attrapait la pauvre bête par les oreilles, hop ! Simplement, comme on cueille une fleur.
Ce Sorcier, c’était le Messmer des lapins !
Vous comprenez que tout le monde se méfiait du gars, et que moi, j’avais carrément la trouille.
Je pense qu’après, l’homme zigouillait le pauvre lapin, il le dépeçait, il le vidait, il le tronçonnait, il le cuisinait, et enfin, il le mangeait en solitaire (et en sauce).
Personnellement, je ne mange pas de lapin, d’abord parce qu’il est trop mignon, et ensuite parce qu’il est caecotrophe.
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