
La veille de la Toussaint, j’ai rencontré un homme au supermarché qui achetait cinq chrysanthèmes (et quelques bricoles). Mon attention a été attirée par le prix des plantes, moins de deux euros le pot. Comme je n’avais presque rien dans mon panier, le gars m’a proposé de passer devant lui. Je n’étais pas pressé, alors je dis : non, non …, il insiste : si, si …, je passe.
La conversation s’engage.
-C’est pour ma femme, dit l’homme en montrant les chrysanthèmes.
J’ai cru que c’était pour fleurir la tombe de sa femme, je prends donc une tête d’enterrement, mais en fait, les fleurs étaient destinées à la famille de sa femme. Je me détends un peu.
-Cinq morts en un an …
Je reprends ma tête d’enterrement.
L’homme poursuit avec un détachement inattendu.
-Enfin …, moi, je ne m’occupe pas de ça …, suis pas concerné …
Je le regarde avec étonnement.
-Ouais …, moi, je suis de l’Assistance …, dit-il avec un large sourire.
J’ai bredouillé quelque chose comme :
-Ah …, effectivement …, vu sous cet angle …
J’ai payé, j’ai salué l’homme et je suis parti.
Est-ce que le traumatisme de ne pas connaître ses parents compense le traumatisme de connaître leurs morts ?
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