Cell-ci ou Cell-là ?

84% des cellules du corps humain n’ont pas d’ADN.

Il est traditionnel de comparer le nombre de cellules du corps humain et le nombre de bactéries constituant le microbiote : 30.000 milliards de cellules humaines et 38.000 milliards de bactéries microbiotiques, soit une sensible équivalence. Nous sommes bien « à moitié humain, à moitié microbien ».

Pourtant, comment peut-on comparer des cellules bactériennes rudimentaires, représentant des dizaines d’espèces différentes, et des cellules différenciées, structurant un être hautement sophistiqué d’une espèce unique : l’humain.

Comme disait ma Grand-mère (qui avait fait des études en biologie), parodiant la fameuse expression des torchons et des serviettes : « Faut pas mélanger les procaryotes et les eucaryotes ».

Au niveau génétique, chaque espèce bactérienne possède un ADN caractéristique, soit des dizaines d’ADN différents au sein du microbiote, alors que toutes les cellules d’un individu humain contiennent le même ADN unique, propre à cet individu.

Toutes les cellules ? Non bien sûr, pas les cellules sexuelles qui contiennent seulement la moitié des chromosomes, pour les raisons qu’on sait, et les globules rouges, qui sont dénués de matériel génétique. Marginal direz-vous ? Eh bien, non, encore non, car les globules rouges représentent 84% des 30.000 milliards de cellules humaines, pour seulement 0,6% de neurones, 0,2% d’adipocytes ou 0,001% de cellules musculaires. Alors, serions-nous « à moitié globules rouges, à moitié microbien » ?

Évidemment, non, toujours non ! Cette façon de voir, purement quantitative est carrément spécieuse : les neurones sont d’une importance primordiale et incontestée ; en masse, les adipocytes et les cellules musculaires représentent une part majeure du poids corporel, soit environ 20% pour les adipocytes et 30% pour les muscles.

En conclusion, cette comparaison entre le nombre de cellules humaines et le nombre de bactéries au sein du microbiote n’a pas de valeur scientifique. C’est juste une façon imagée de confirmer l’importance du microbiote, sa richesse qui fait de nous des milliardaires (en bactéries), des « humains enrichis ». Et a contrario, en cas de dysbiose ou de perte de diversité du microbiote, des « humains appauvris ».

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