L’âge de Papa

L’âge du père au moment de la conception est une interrogation fréquente, concernant le rôle joué par une paternité tardive sur la Santé du futur enfant.

Il existe une différence essentielle entre les ovules de Maman et les spermatozoïdes de Papa. Les ovules de Maman constituent un capital défini à la naissance : ces cellules possèdent donc avec un matériel génétique établi initialement, et stable dans le temps. Au contraire, les spermatozoïdes de Papa sont produits en continu à partir de cellules-souches, par activation hormonale. Cette production implique des mécanismes complexes : la production des spermatozoïdes nécessite plus de deux mois, dans des tubes particuliers qui mesurent 300 mètres de long, logés dans les testicules ; la production journalière atteint environ 100 millions de spermatozoïdes. C’est au cours de cette « spermatogenèse » que le nombre de chromosomes est divisé par deux, conduisant à des spermatozoïdes X « fille » et à des spermatozoïdes Y « garçon ».

Pour répondre aux besoins, la capacité de production des spermatozoïdes est maintenue en ajustant le stock de cellules-souches : le stock se reconstitue tout au long de la vie, ce qui implique de renouveler les cellules-souches. Ainsi, chaque cellule de base se divise en deux cellules identiques, autant de fois que nécessaire afin de garantir une synthèse adaptée de spermatozoïdes.

Ce mécanisme global met en œuvre une succession continue de divisions cellulaires, et en toute logique, plus l’homme avance en âge, plus il aura été soumis à un nombre élevé de divisions de ses cellules-souches. Et plus ce nombre est élevé, avec le vieillissement, plus les cellules-souches subissent de mutations épigénétiques, ou « épi-mutations », susceptibles de se retrouver dans les spermatozoïdes et transmissibles à la descendance, comme un « héritage épigénétique ».

D’autant qu’un autre paramètre entre en ligne de compte… Parmi les systèmes de protection et de réparation de l’ADN, il existe un système fascinant, placé à l’extrémité de chaque chromosome : les « télomères ». Ce sont des morceaux d’ADN sans fonction, comme des leurres destinés à tromper les agresseurs : ces structures subissent les attaques à la place de l’ADN codant, sans dommage pour le matériel génétique lui-même. Les télomères sont plus ou moins longs selon les individus, et ils rétrécissent au fur et à mesure du temps sous l’effet des atteintes extérieures : ils sont « « grignotés » progressivement par le stress, les phénomènes inflammatoires, les toxiques… Autrement-dit, plus une personne est âgée, plus ses télomères sont courts : le raccourcissement des télomères est un signe de vieillissement.

L’âge paternel à la conception semble donc doublement néfaste, par l’accumulation de marques épigénétiques et par le rétrécissement des télomères.

Sauf que les cellules-souches des spermatozoïdes ne sont pas des cellules ordinaires : dans ces cellules-souches, à l’inverse des autres cellules de l’organisme, les télomères s’allongent avec l’âge. C’est-à-dire qu’un père tardif transmettra des télomères plus longs à sa progéniture, et à travers cet héritage, de meilleures conditions de développement in utero, une immunité renforcée, voire une espérance de vie supérieure.

En conclusion, l’âge paternel à la conception n’est pas un critère essentiel, sous réserve de maintenir une bonne hygiène de vie, de réduire les comportements à risque : tabac, abus d’alcool, excès d’alimentation industrielle, et de pratiquer une activité physique adaptée.

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